
Le 21 février dernier, Clermont-Ferrand comme l’ensemble des villes de France rendait hommage à Mélinée et Missak Manouchian, orphelins du génocide de 1915 en Arménie.. A Paris, ce couple arménien rentrait au Panthéon. Dans la mythologie romaine, c’était la plus haute distinction des12 principaux dieux ,et le lieu dédié à ces derniers.
« Un caractère hypocrite »
Le Panthéon signifie donc quelque chose d’important : une poignée de personnes, illustres y entrent . Et en ce jour particulier, on célébrait les 80 ans de l’exécution de Missak au Mont Valérien. Le couple arménien sont les premiers étrangers à entrer dans cette glorieuse institution fondée quelque temps après la Révolution en 1791.
A Paris, le Président a fait un discours qui a ému même parmi ses opposants. C’est Winnie Picard, à Clermont-Ferrand qui rend hommage à Missak,le résistant communiste arménien, et l’époux amoureux, à travers la très attachante lecture de sa dernière lettre à sa bien aimée Mélinée. Moment intense fort, accompagné de solennité . Sous préfet, élus, militaires, citoyens et militants du PCF ont rendu rendu témoignage à la mémoire de ce couple, illustre dans la grande résistance française..
C’est la réjouissance de voir ce couple enfin panthéonisé aux côtés des 81 autres personnalités . Des étrangers qui sont reconnus c’est quelque chose et pourtant ça un caractère « hypocrite » comme il été souligné par certains . Oui hypocrite car n’a-ton pas fait voté le 11 décembre dernier une loi anti-immigration? Une loi votée avec le total soutien d’une extrême-droite galvanisée des députés LR euphoriques? Certes amendées par la censure du Conseil Constitutionnel le 26 janvier 2024, il n’en reste pas moins, que cette loi questionne quant à notre réel amour pour les exilés, ces personnes venants de loin comme Missak et Mélinée.
Alors qu’on célébrait ce 21 février ces étrangers morts pour la République française, on expulsait également des migrants au même moment. Morts pour la République? Tout au long de la cérémonie c’est ce que les officiels ont dit. Et pourtant, doit-on leur rappeler que cette République n’était plus? Pour ne pas froisser les vichyssois ,on a parlé du gouvernement de Pétain et pourtant il serait bon de rappeler ce que tout historien parle, le gouvernement de Vichy. Oui ce gouvernement qui a fait tomber la3 e République par l’entrevue de Montoire, d’ une politique xénophobe et violente à l’égard des opposants qui s’en suivie.
« Ils ne sont pas morts pour la République mais pour la liberté »
« Non, ils ne sont pas morts pour République, mais pour la liberté », s’indigne une élue. Au-delà de la disparition de cette notion tant galvaudée au mépris de la justice sociale, c’est bien la liberté qu’avait en tête ces héros étrangers! Morts pour la France, morts pour la Liberté!
« Paris évoquait en lui tout un univers de choses possibles, d’espérances vécues, de reves réalisables, Centre de la culture de l’humanité entière, capitale de la Révolution », expliquait Mélinée au sujet de son compagnon mort en février 1944( selon le livre « Missak et Mélinée Manouchian, un couple de résistance », de Gérard Streiff).. Oui la France pour ces étrangers quittant les dictatures et exactions en tous genres, c’était le pays des délivrances, de l’espoir, du renouveau!
Mais avec 17 000 expulsions d’étrangers l’an dernier et, à Trégastel ,Niort, Chalon sur Saône, Mialet , des familles arméniennes menacées d’expulsion, l’idéal du résistant Manouchian, mort en martyr, tend à se fendre, voire à voler en éclat. La France de demain n’ expulserait -t-elle pas celui qu’elle adule aujourd’hui, celui qui a été fusillé avec 22 de ses camarades au Mont Valérien, le 21 février 1944?
« C’est émouvant »
« C’est émouvant », se sont émerveillés des participants. Alors finalement qu’importe à cet instant les critiques . La dernière lettre de Missak, laissée à sa bien aimée impressionne, force le respect. Tous trouvent cet homme qui pardonne, qui aime sa femme et lui demande de refaire sa vie ,incroyable. Et de plus ce n’est pas qu’un résistant mais aussi un de nos grands poètes, reconnu par Pierre Seghers, qui publiera trois de ses poèmes dans son anthologie » La résistance et ses poètes »
Une centaine de personnes se sont déplacées et malgré le mauvais temps. Des citoyens clermontois sont venus nombreux dans ce petit parc et ont eu du mal à entrer dans la salle allouée par la suite pour les prises de paroles plus politiques. Cela n’ a pas désempli, de l’hommage de la gerbe au parc en passant par le gymnase Verlaguet, quelles beaux moments, historiques et inoubliables. Et chacun a pu découvrir durant le buffet les spécialités arméniennes, se rappelant ainsi que aujourd’hui aussi se joue une guerre où des Arméniens sont encore déplacés, tués, 109 ans après le génocide perpétué par l’Empire ottoman.
Pour aller plus loin:


































