Paul Fustier

Paul Fustier est mort Le 3 mars 2016. Stéphanois, il a été professeur de psychologie dans la belle ville de Lyon. Plus précisément, il a exercé à Lyon2. Ce qui est assez interéssant chez ce professionnel, est qu’il a une pratique particulière: la musicologie.

Oui, il est musicologue, et à travers sa connaissance de la vielle à roue, il a pu travailler de manière singulière en institution.

Je vous parle de cet homme que je n’ai certes pas eu l’honneur de rencontrer en personne. Mais il a bercé mes années d’études de travail social. Auteur reconnu dans le milieu des éducateurs spécialisés férus de psychologie et de travail d’accompagnement par la pratique , l’incitation à découvrir des pratiques de manière libre, Paul Fustier mérite qu’on s’attard un peu sur lui.

Un livre doit retenir notre attention quand on cite Paul Fustier, c’est  » l’éducation spécialisé, repères pour des pratiques ». Ce livre a été édité en 1972 mais c’est en 2009 , alors qu’on subit une réforme importante du travail en éducation spécialisé que l’auteur réédite son ouvrage.

Je n’entrerai bien entendu dans la complexité de l’œuvre, en terme de jargon technico-psychanalytique comme la transitionalité. Ce qui importe car ce texte se veut être un article hommage à une pensée moderne, c’est de rendre compte plutôt du rôle de la pratique.

Pour bien comprendre ce terme, il nous faut voir la notion contenu dans la réforme de l’éducation spécialisé qui place la personne accompagnée au cœur, au centre de son propre accompagnement. La personne devient capable. C’était en vérité le cas ne nous y trompons pas. Mais les terminologies ont ce caractère bien précis de vouloir sortir le sujet de l’assistanat …

L’usager peut et il doit pouvoir le faire savoir, et être acteur voir moteur de son suivi. Et là , la pratique, qu’on peut également appeler activité entre en scène.

L’institution souvent perçu auparavant comme une fin en soi, devient un simple lieu de transition, où l’important, la fin en soi est la pratique . La pratique comme moyen de sortir bien entendu d’une approche misérabiliste indiquant à l’usager que ses handicaps ne lui permettraient pas d’exercer ses capacités. Mais une pratique aussi comme une fin en soi: l’accompagnement ne devenant que prétexte afin que la personne suivie acquiert une pratique…

L’activité n’est plus là pour simplement pallier à l’inactivité institutionnelle mais elle est en vérité l’expression d’un être capable de s’ouvrir sur un monde qui jusque là lui était inconnu: la musique par exemple.

Dans cette approche, Paul Fustier ne va pas chercher la personne handicapée. Non, il pratique son activité comme si de rien n’était. Il observe bien sûr, mais il n’entre pas dans la « bulle personnelle » de l’individu accompagné. Il laisse la liberté, mais surtout la curiosité à l’autre de venir s’essayer…Il s’agit dans cette rencontre qui va inciter le rencontré de se voir s’approcher de l’accompagnant…

Si aujourd’hui on peut se dire que ce n’est pas si innovant, pour l’époque notamment 1972, et même en 2009, c’était une petite révolution et même aujourd’hui cela devrait nous interpeller! En effet, depuis l’absence de projet, que l’ère Sarkozy avait quoiqu’on en dise créé, la pratique selon Fustier serait plus que bienvenue!

Quels sont les points forts de cette théorie?

L’être vivant malgré ses handicaps, et ce quelques soient leur intensité, doit pouvoir avoir ses temps où de lui même il va venir rechercher l’accompagnant. Il va venir partager un temps , une pratique…

Aussi, l’usager va découvrir quelque chose qui ne vient pas d’une injonction de faire! Il va se « mettre en marche », et se laisser habiter par une pratique dans laquelle, il va pouvoir se construire, autrement que par les sorties journalières parfois mortifères…

Louise va devenir musicienne alors qu’elle souffre d’autisme, Pierre va devenir danseur alors qu’il est trisomique…

C’est Paul Fustier et d’autres qui ont été à l’origine de la pratique d’activités culturelles et artistiques dans les institutions spécialisés.Paul Fustier a permis de faire réfléchir, étudiants et travailleurs sociaux sur leurs propres pratiques.

Permettre à l’usager de pratiquer c’est aussi s’interroger sur sa propre pratique, et cela a ouvert à l’analyse des pratiques en milieu institutionnalisé, ouvert ou fermé.

Pour ces raisons, je vous invite à lire cet excellent ouvrage  » Education spécialisée, repères pour des pratiques ».

Une bonne lecture.

Une belle soirée.

Jean David Bouvier

ps: à lire aussi les Corridors du Quotidien.

Paul Fustier