
Elles se sont battues pour leur droit, elles ont hissé leur banderole, découvert la lutte, elles se sont soutenues et aujourd’hui, elles sont là pour en parler
Au Trait d’Union Saint-Alyre, à Clermont -Ferrand ,14 rue Sainte -Claire, trois anciennes salariées d’une épicerie marseillaise sont venues exposer du 5 au 13 juillet . En effet, dans ce nouvel espace de vie sociale , ouvert depuis un peu plus de trois ans, ces trois jeunes femmes ont témoigné de leur grève menée en 2021.

« C’est une épicerie paysanne qui vend des produits locaux et de saison ».
« C’est une petite épicerie paysanne qui vend des produits locaux et de saisons, surtout de petits producteurs », expliquent Emma, Louise et Bethsabée. C’est une Scop , un lieu où habituellement personne ne s’attend à un managérial toxique et pourtant l’expérience qu’elles décrivent est tout autre . » Il ne voulait pas embaucher des personnes qui vont s’impliquer dans le magasin mais plutôt des personnes qui recherchent des jobs alimentaires « , poursuivent nos trois ex- salariées. C’est ce qui les a amenées dans ce lieu. L’offre correspondant à leurs attentes.
Le gérant en question, Y, recherchait visiblement à garder le pouvoir en tant que membre sociétaire. Voilà ce qui expliquerait d’après les jeunes femmes ce qui explique son choix de recrutement. Des personnes qui ont une autre activité c’est le bon plan . Et Emma artiste, Bethsabée étudiante en philosophie et Louise ancienne étudiante en mathématiques, avaient besoin d’avoir un mi-temps.
De plus, ce dernier recherchait également des personnes qui ne connaissaient pas leur droit », affirme les ex salariées aujourd’hui dans une situation précaires, en fin de droit de chômage.
« Il avait un bouc- émissaire tous les trois mois »
Au départ pourtant tout se passait bien. »Il etait plutôt gentil et donnait même des cadeaux », dit Emma. Et ajoute Louise « Il parlait quand même assez mal . Il avait un bouc- émissaire tous les trois mois ». Toutes reconnaissent un homme qui avait apparemment de bonnes intentions mais qui est entré dans un management toxique. Cette épicerie était une association. » Il était bénévole et a co- créé la Scop. Mais l’équipe d’origine est partie. Est-ce cela qui a changé la personnalité de cet homme ou était-ce déjà sous jacent?
« On m’a viré, on m’a empêché d’avoir mon chômage », c’est ce que dit partout l’ancien patron selon Louise, 29 ans. Cette marseillaise, parisienne tombée comme Emma, amoureuse de Marseille il y a quelques années permet de mieux comprendre l’état d’esprit dans lequel se trouve l’ancien leader. Cet homme semble modifier les faits et vit dans le déni. Pour preuve il ne reconnaît » avoir harcelé que Touya, la manager ». Révélation qui fait sourire les 3 jeunes femmes. En effet c’est un peu original comme défense.
Pourtant, Bethsabée, la benjamine , venue à Marseille à 6 ans, essaie de nuancer son jugement sur l’homme. « Il travaillait beaucoup, en boutique, il s’est auto-exploité ». C’est d’après elle une des raisons pour laquelle il a fait de même pour les salariés. Pour autant, de l’avis général, Y. a toujours essayé de jouer le manager de gauche cool tout en se trouvant des souffres douleurs. Une des collègues en a payé les frais. « Elle était moins payée que les autres, alors qu’elle travaillait très bien », expliquent les ex-salariés de l’épicerie paysanne.
« On a entre 8 et 10 tonnes de port de charge »
« On a entre 8 et 10 tonnes de port et le magasin n’est pas adapté selon l’ Inspection du travail », ajoute Bethsabée. Cette salariée que Y a pris en grippe faisait la pire journée avec des ports de charge importants. Ce qui la mettait en danger en plus d’une exploitation manifeste. Cette Scop initialement agréable pour travailler était devenue un lieu toxique où les initiatives personnelles étaient sans cesse bridées, la bonne ambiance mise à mal, l’autoritarisme croissant…
Pour rappel. Les conditions s’étaient déjà dégradées depuis plus d’un an.Emma, Louise, Bethsabée ont donc décidé de mettre un terme à des conditions de travail devenu trop éprouvantes et face à un patron « se jouant parrain de la mafia ». Elles ne connaissaient pas leur droit mais ça devait changer. C’est en contactant des syndicalistes CGT aguerris, qu’elles vont mener le combat. Durant trois jours de grève, elles vont se battre pour leurs droits. Mais plus tard, elles vont découvrir aussi que leur ex patron avait contracté des dettes pour l’entreprise.



« On mettait l’ambiance »
Cet homme qui « s’était convaincu d’être une bonne personne de gauche », selon Louise, a géré en capitaliste et n’a pas cherché à améliorer la situation. Pire, il est parti en laissant la boutique aux jeunes femmes dont la gestion n’était pas leur métier. En plus d’avoir subi des temps de travail compliqués accompagnés de collègues hommes « qui n’en faisaient pas une », un travail physique sans protection de sécurité, des dénégations de la part de la hiérarchie, elles se sont retrouvées à gérer une épicerie.
Et pourtant comme le disait Emma: « On mettait l’ambiance ». Du moment où elle pouvait mettre la musique, rendant le travail sympa, où les salariés pouvaient boire le café ensemble, à cette grève , ces banderoles et ces piquets, du temps s’était écoulé. Un sentiment de trahison s’est installé car finalement Y n’avait pas les valeurs éthiques auxquelles elles aspirent. Loin de la solidarité, de l’horizontalité dans les rapports entre salariés, de l’égalité , l’épicerie paysanne s’est révélée guère différente d’une entreprise classique.
« J’ai perdu confiance », confie Emma. Il s’agit de confiance dans le monde du travail. Même si elle reconnaît que cette expérience lui a beaucoup appris, permis en revanche d’avoir une meilleure confiance en elle. De plus durant cette grève, des liens forts se sont créés avec Louise et Bethsabée avec qui elle est partie en Martinique, aujourd’hui faire encore confiance au monde du travail est très dur. Ce sentiment est partagé par ses deux amies. Bethsabée est même plutôt pessimiste pour l’avenir. La grande question se pose pour chacune d’elle : comment remplir le frigo? La fin de droit au chômage arrive.
« On peut compter les unes sur les autres »
Louise parle de manière plus positive. Et insiste sur l’apprentissage sur le droit du travail. « On peut compter les unes sur les autres », clament en choeur les trois amies. Et c’est important car c’est bien toutes les trois ensemble qu’elles ont organisé cette exposition.
Avec des photos, des extraits de conversation par textos, des compte-rendus de discussions avec les syncalistes, des documents d’archives, les jeunes femmes, dynamiques, drôles et inspirantes plongent les visiteurs dans une grève dans un lieu atypique. Cette exposition témoigne que toutes les SCOP ne sont pas forcément conformes à ce que l’on se fait de l’économie sociale et solidaire. Mais aussi d’une prise de conscience de leur exploitation et de la nécessité de défendre ses droits.

Pourtant, elles demeurent vraiment pleines de vie, et ont su ambiancer le Trait d’Union durant une dizaine de jours et à cet instant, elles ont le sourire et préparent de quoi ravir les visiteurs pour ce dernier jour. Avant de partir, Emma confie ceci: « J’aimerais faire un film, raconter d’autres éléments, avec les vrais salariés comme personnages ». Sans Y. l’ ex gérant précisent -elles avec humour.








Pour plus d’informations:
Emma, Louise et Bethsabée étaient en résidence artistique. L’exposition s’appelle Work! Work. Leur collectif c’est zel. Elles ne sont plus salariées depuis 3 ans et demi.
L’épicerie paysanne est au 71 rue Léon Bourgeois.
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