Ils ne sont plus en grève aujourd’hui mercredi 24 mai 2022. Ils ont repris le travail vendredi dernier, après une dernière AG mercredi à 19H30. Entre amertume et résignation, les soignants ont repris leur dur métier avec les joies de se retrouver lors de leurs pauses, avec également la satisfaction de travailler en équipe aide-soignants et soignants.
Afin que soit mieux compris le mouvement qui s’inscrit dans des conditions souvent difficiles de travail pour toutes ces femmes et tous ces hommes qui ont fait le choix de se mettre au service des malades, voici quelques pistes de lecture.

Des personnels de la Clinique, la Châtaigneraie, n’avait jamais fait grève. Et pourtant, durant près d’une semaine ASH, aide-soignants, infirmières et brancardiers se sont mobilisés pour dire non à leur direction.
« Ce que j’aime dans mon métier, c’est l’humain »
« Ce que j’aime dans mon métier », c’est l’humain », explique E, aide-soignante. Je suis là depuis 19 ans mais maintenant on nous demande de faire plus avec moins de moyens, » poursuit-elle. On assiste d’après l’ensemble des salariés interrogés à la dégradation des condition de travail. « On aime notre travail mais c’est loin d’être la majorité du temps », se désole E.
Si il y a du « bon matériel », confirme Bernadette Duron, représentante CGT, il est cependant jugé insuffisant par R, brancardier. » Depuis 3, 4 ans, nous avons une augmentation de travail, nous sommes en sous-effectifs. J’aime mon travail et le contact avec les patients mais avec c’est toujours la course », ajoute-t-il. En effet, le coeur du métier se perd selon les personnels.
Toujours plus de patients , mais de moins en moins de temps pour rencontrer ces derniers qui tentent à devenir des clients . « On a l’impression d’être des robots et on nous explique qu’on est des croix dans une case », s’indignent l’ensemble des soignants mobilisés. Toujours plus de chiffres, c’est ce que souligne la syndicaliste, sage-femme de formation.
Cette situation quotidienne dans laquelle, les services , notamment le service de chirurgie de la clinique, est amplifié par une décision de la direction de vouloir supprimer les primes. « Déjà trois soignants ont quitté ce service », affirme une infirmière et elles sont à ce jour pas remplacées. Les rythmes de travail intense et déshumanisés, rendent le personnel soignant dépités. Oui mais, les grévistes sont déterminés à défendre leur droit. Au total plus de cent personnes, ce qui est assez rarissime pour l’hôpital privé.
« Des chiffres d’affaires en hausse, pas de déficit »
« Elsan (le dernier propriétaire en date) a des chiffres d’affaires en hausse, il n’est pas en déficit », affirme Bernadette Duron. Cela rend donc d’autant plus difficile cette décision pour les salariés en grève. Mais voilà, il y a eu une forte augmentation du loyer. Le loyer est aujourd’hui à 8000 000 d’euros. Mais ce que la représentante syndicale met en avant « c’est que l’argent ne va pas seulement vers les actionnaires classiques, il va dans des fonds de pension à l’étranger ». La coupe est pleine! Et même si elle comprend l’augmentation des cout d’énergies et la crise économique , rien ne justifie à ses yeux cette décision au détriment des soignants.
Il ne s’agit pas là d’une chose insignifiante. La prime de surintéressement que les personnels ne toucheront pas cette année c’est pas moins de 700 000 euros/an. Quant à la prime d’intéressement c’est environ 400 euros/mois de perte pour Bruno Peghaire, ASH nouvellement bénéficiaire d’un CDI après 3 ans de CDD.
« C’est une perte importante »
« Moi je suis marié, on a deux salaires et je n’ai pas d’enfants. Pour moi même si c’est un manque à gagner je vais m’en sortir. Mais les personnes célibataires, ou avec enfants, c’est une perte importante! Pour la vie au quotidien: éducation, faire les courses, les voyages », nous explique l’homme de 1,89 , souriant et dynamique malgré des problèmes de sont dûs à son métier.
Pressés par une perte d’argent, des jours perdus que la direction ne veut pas leur rembourser, les salariés ont dû mettre un terme à leur mobilisation pour leur droit. En effet, après de nombreux jours de grèves, la direction a fait une proposition qui ne satisfait que moyennement: 25% seront versés en prime sur les 500 000 perdus. Mais c’est au total un mois de moins tiennent à rappeler le personnel mobilisé.
C’est un moins de moins, cette bouffée d’air attendue par des aide-soignants et soignants qui s’occupent de nos malades, qui permettent à nos hôpitaux de tourner mais qui ont des pertes aujourd’hui de vocation. Loin est le temps où l’on applaudissait nos infirmières aux fenêtres! Désormais, les salariés hospitaliers qui se sentaient hier valorisés ont aujourd’hui le sentiment d’être une variable d’ajustement. Et dans le cas de la clinique, des personnes dont la seule fonction c’est de rembourser les accords financiers avec un fond de pension…

PORTRAIT
Rencontre avec Bruno, un ASH déçu.
Afin de poursuivre sur le sujet, voici le regard sur la situation d’un ASH Bruno, qui travaille depuis trois ans dans la clinique.

Bruno, 42 ans est un homme assez heureux dans la vie. Il a connu la galère, a été deux ans et huit mois en CDD à la Clinique de la Chataigneraie. Depuis quelques jours, il est en CDI. Pourtant, son métier d’ASH n’est pas si rose tous les jours.
« On a de plus en plus de patients »
« On a de plus en plus de patients. Avant on prenait un chariot pour deux personnes. Maintenant on prend un chariot chacun », raconte Bruno, portant sur lui un sourire communicatif.
Pour mieux comprendre, le quarantenaire est ASH. C’est un métier assez polyvalent.
« Je suis en ambulatoire, c’est à dire je travaille avec des patients pris en charge à la journée. Je nettoie les chambres, je nettoie les chariots, je sers les plateaux, je remplace en port de charge une personne de 61 ans. », explique Bruno. Il travaille sur deux services ambulatoires: ambulatoire (classique) et l’ophtalmologie.
Son métier, il l’aime.Le rapport aux gens, les contacts humains. Il aime se sentir utile. Mais comme ses collègues soignants, il connait la fatigue du corps. « Etre grand ça a des avantages, je peux prendre ce qui est en hauteur », dit-il avec humour. Mais il rajoute « cela fait plier sur les genoux ». Et comme beaucoup , il est suivi par un kiné et un ostéopathe.
Cet homme de 1,89 cm, travaille l’après- midi. Il a ses week-end et se plaint pas . Certes, il perd environ 400 euros en CDI. Mais ce n’est pas ce qui l’ennuie le plus. En effet avec la suppression du sur-intéressement qu’il ne touchera pas cette année, il perd aussi sa prime d’intéressement. « Je vais devoir faire plus attention désormais », pense-t-il. Toutefois marié à un homme enseignant, il ne pense pas trop perdre. Pour Bruno lui c’est les autres qui comptent.
Et lorsqu’il évoque ses collègues, il a de l’émotion. Militant de gauche, il a une pensée pour les personnes qui ont plus de charges que lui. Il réalise dès lors que pour beaucoup ça va changer. « Il va avoir des démissions », s’alarme l’homme à la chemise claire. Oui, ainsi il confirme la crainte des autres salariés. Déjà important, ce turn over risque de s’aggraver selon lui. D’autant plus que leur direction ne semble pas entendre le malaise des professions concernées par les burn out, les dépressions, les incapacités de travail …
« Nous ne sommes que des croix dans des cases »
« Nous ne sommes que des croix dans une case », se désole Bruno. C’est ce qui est ressenti par beaucoup .Cette phrase, c’est celle d’une cadre DRH lui a été rapporté. Il ne se sent pas respecté selon la valeur de son métier. Et c’est bien pour cela qu’il ses mobilisé la semaine dernière.
La direction a refusé d’indemniser leurs jours de grèves et leur versera que 127 000 des 500 000 euros perdus au total sur un an. » Nous perdons quand même près des deux tiers », insiste-t-il. Et ce n’est pas pour se plaindre de la perte mais bien pour souligner que leurs patrons ne paraissent pas s’inquiéter outre-mesure ,de leurs conditions. Une précarisation des carrières qui vient s’ajouter à des conditions de travails difficiles. Ce qu’il déplore également c’est qu’il ne peut pas toujours le service à l’heure indiquée dans son contrat.
« Je devais terminer à 20 heures ce jour-là. Mais il y a eu un retard . Une patiente qui a été opérée en retard et arrivée dans le service au moment où je devais partir et . Mais tant qu’elle était là je ne pouvais nettoyer la chambre avant le passage des infirmières. En plus la patiente avait mis du chocolat partout là où elle était installée.. Du coup j’avais fort à nettoyer. En plus de cela, c’est moi qui fermais le service. J’ai signalé à ma hiérarchie le temps de plus que j’ai dû effectuer », assure Bruno Peghaire.
« Nous ne sommes pas considérés autant que les soignants »
L’organisation financière de l’hôpital rend compliqué également les rythmes de travail. Si les aides-soignantes et les infirmières aiment travailler ensemble avec une reconnaissance commune des métier, pour les ASH c’est différent: « nous les ASH, nous ne sommes pas considérés autant que les soignants; Pourtant, ces derniers font des tâches en commun. Surtout Bruno qui est plus près des patients que certains de ses collègues qui travaillent par exemple à la lingerie.
Cette grève, même si il a loupé un jour, il l’aurait bien poursuivie. » Ma situation me permettait. Mais je pense que le manque d’organisation nous a pas permis de tenir. En effet pour certains c’était leur première grève. Ce qui est à noter c’est la faible syndicalisation des salariés de la clinique. Moins de trente sur les 450 personnels que compte l’hôpital privé, appartiennent à un syndicat.
Toutefois, il est impressionné par ce mouvement car la clinique s’est bougée. « Les chirurgiens aimé être prévenus. En effet, sans les ASH qui lavent la salle d’opération qui doit être stérilisée. Malgré tout, l’amertume d’une occasion ratée avec l’histoire, semble prendre le dessus . Y aura – t- il d’autres lendemains qui chantent comme scandait il y a quelques temps déjà un certain Emmanuel Macron?
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