The Batman , film réalisé par Matt Reeves ( La Planète des Singes (2014), Cloverfield (2008), est actuellement dans les salles. A travers cette nouvelle adaptation de l’Homme chauve-souris, sur grand écran, le scénariste et réalisateur américain signe là un film apparemment sombre, et plutôt dépressif, qui a ravi une grande partie du public français dans les salles depuis le 2 mars. Toutefois, malgré tout ce film rencontre au cours de ces dernières semaines, des avis plus nuancés, voire critiques.

Si, un premier césar doit-être décerné, c’est assurément pour la BO. Michael Giacchino, est un compositeur remarquable. Il l’a déjà démontré par le passé. En effet, on lui doit d’autres BO de films réputés: » La Planète des Singes: l’affrontement » (2014) et « La Planète des singes: Suprémacie », (2017). Si on se souvient du fabuleux travail artistique de Hans Zimmer accompagné par Lisa Gerrard, pour le film « Gladiator », on n’oubliera certainement pas non plus d’acclamer, Giacchino pour « The Batman »! Et c’est important de parler de la BO, car c’est l’un des rares éléments qui fait la quasi-unanimité pour ce film, souvent décrit comme sombre, original mais aussi comme long, voire même ennuyeux.
C’est bien le thème , « Something in the Way », de Nirvana qui aura certainement marqué le plus le spectateur. C’est celui qui donne le ton: sombre, psychédélique et à travers l’ensemble musical, on avance dans ce film assez troublant, parfois extasique et jouissif.Oui, Nirvana comme fond est là une riche idée de Matt Reeves. Ce côté « planant », illustre bien une ambiance assez décalée par rapport aux autres oeuvres cinématographiques sur le justicier tout de noir vêtu. C’est tellement fort, qu’on est hypnotisé presque par les sons qui captent notre esprit durant ces 3Heures de découverte d’un Gotham, ominprésent.
Et si on devait décerner un autre césar, c’est pour le choix visuel, très esthétique, très épuré des effets spéciaux redondants habituels qui assourdissent les yeux. Là, c’est le décor qui domine, le visuel gothique, romantique gris, et jouant sur le clair obscur: les ombres des immeubles de Gotham et les lumières vives à certains instants qui éclairent furtivement les bâtiments, sales, témoignant d’une ville à l’abandon, dévorée par la pauvreté et le crime.
Ce Gotham devient le personnage principal,grâce à une camera semblable à une loupe, une focale perpétuelle sur les rues, les appartements, les chambres, la vie inquiétante de personnages paumés, fricotant allègrement avec la pègre, juste pour survivre. Cette camera, en fait le regard désabusé du Batman qui scrute, dans l’ombre, chaque scène de perdition d’une ville sans espoir où le crime et la corruption règnent en maître. Robert Pattinson, qu’on attend au tournant, après la grande interprétation de Christian Bale, se fait le détective, novice mais persévérant qui permet à travers sa prestance de retrouver le climax des comics de notre enfance. Dire que sa prestation du chevalier noir, n’étant sur le terrain que depuis deux ans, et ne parvenant pas à se remettre de la mort brutale de ses parents 20 ans plus tôt, est époustouflante, est un faible mot! C’est vraiment the Batman, il vit le personnage et nous fait rêver, avec ses phrases laconiques, ses phases de déprimes et ses maladresses. Il est un humain, un héros et pas encore un super-héros! Parfois ça fait du bien: le spectateur peut s’identifier à lui.
Et ça c’est le troisième césar qu’on peut décerner au film: un choix scénaristique original. En effet le héros est sobre en terme d’actes, ressemblant un peu à Eric Draven, le charismatique personnage rock , revenu de la mort pour venger la mort de sa petite amie. On revoit un Brandon Lee tant le choix de Matte Reeves de rendre Batman , névrosé et en perdition de repères est réussi. Ce film est un polar orienté psycho drame, à la limite de l’opéra rock pour sa photographie et son graphisme. L’action durant les deux premières heures laisse place à une enquête compliquée pour le héros, voire éprouvante.
Et c’est bien cette enquête qui est la trame principale du film. DC veut dire, et on l’avait oublié durant ces dernières décennies, détective comics. Et donc le choix de Matt Reeves semble d’être revenu aux sources. Et pour le moins qu’on puisse dire, ça déstabilise le spectateur, et rend le film très lent, pas toujours dynamique et parfois trop visuel, trop voyeuriste. Tout y est montré à la loupe, car Batman scrute tout, et c’est à travers ses yeux qu’on comprend le film.

Et finalement c’est ce regard qui va prendre le pas sur la beauté des scènes, et donc sur l’esthétisme. Et ce regard pendant deux heures trente c’est long, très long voire trop long.
Un Batman qui scrute trop
Robert Pattinson donne une excellente interprétation scénique et l’ensemble des critiques s’accordent sur ce point. On est bluffé, et on oublie sincèrement assez vite Christian Bale qui pourtant a interprété une trilogie restée mythique: Batman begins, the Dark night, et the Dark Knight rises. Christopher Nolan avait su en sont temps capter son public et en faisant le choix d’un Bruce Wayne présent, assez pue empathique, marqué autant par son passé dans la Ligue des Ombres avec son mentor Ras-al Ghul que par l’assassinat de ses parents. Si Bruce Wayne avait une consistance forte, Batman était trop classique. Ici, on assiste à un renversement: Batman est consistant car ne sachant vraiment être le symbole qu’il doit être. Il est maladroit,tout en étant malgré tout fort et valeureux. Et pour le coup, c’est Bruce Wayne qui devient plus fade, tellement torturé qu’il agit avec peu de coffre. D’ailleurs il apparait peu car il passe son temps à scruter, en justicier, en vengeur, en Batman.
Et la trop grande présence de Batman, rend le film assez peu dynamique: il y a qu’un regard, celui du chevalier noir. Il observe, assiste son fidèle ami, le commissaire Gordon, seul allié qu’il ait dans sa croisade contre le crime. Mais voilà, son enquête n’a du sens que parce qu’il y a un méchant, qui joue avec lui et la police de Gotham sous forme d’énigme. Et pour assumer ce rôle de Riddler, on a fait le choix de Paul Dano. Les cinéphiles aguerris ont pu voir cet acteur dans Little Miss Sunshine ou The prisoner. Bien entendu quand il porte son masque de Riddler, l’acteur n’est pas forcément mauvais . Mais à la fin, lorsque le masque tombe, on découvre un jeune homme plutôt sympathique, légèrement joufflu. Le charisme en terme physique n’y est pas.
On a du mal à ce moment là, à croire que c’est cet homme qui paraît presque inoffensif puisse avoir donné tant de fil à retordre à Batman et au fin limier, le commissaire Gordon. Car il faut le rappeler, ce film est avant tout un polar sombre, avec une enquête menée par un chevalier noir au début de sa carrière, et un célèbre commissaire de l’univers DC qui ne l’est pas encore. Et le spectateur découvre l’intrigue à travers cette caméra voyeuriste qui ne change jamais d’angle, qui paraît fixe et donne au film réaliste diront certains. En vérité, cela dérange plus que cela ne fait avancer ce film assez lisse malgré tout: ni Bruce Wayne, Ni Batman sortent du cadre: ils sont juste paumés et inexpérimentés, mais très loin d’être « dark ». C’est un film sobre , qui axe beaucoup trop sur le visuel, sur la focale du héros et on plonge assez vite dans le cinéma indépendant de bas étage assez brouillon.
Un film qui se cherche sans jamais se trouver

C’est un film qui raconte que Batman a pris le costume depuis deux ans et qu’il voit Gotham, ville emblématique américaine, métropole fictive américaine se dégrader: meurtres, corruptions, violences gratuites. Il observe et frappe telle une proie les gangsters et malfrats. Ici, on reprend un arc narratif intéressant, le héros enquêteur persévérant, peu aimé de ses alliés du célébre GCPD (police de Gotham). Il erre dans cette ville, en racontant comment il voit lui même les choses. Mais voilà, le travail immense de l’équipe de décors, du directeur musical et de Robert Pattinson ne parviennent pas à faire oublier une ficelle revue et revue au cinéma et dans Batman même (même celui de Nolan): tous pourris. Cela ne constitue pas un scénario complet, et même l’énigme autour d’un Riddler facétieux qui mène le justicier vengeur sur une piste aussi tordue qu’insipide ne parvient pas à captiver très longtemps.
Et pourtant ses références au somptueux film Seven du talentueux David Ficher auraient pu faire de ce film un grand film: ses couches de noirceurs, la scénographie sombre et dépressive , le tueur psychopathe, vengeur et méthodique. C’était un polar a succès garanti par sa sobriété, son réalisme et sa maitrise des contrastes ombres et lumière. Ses dialogues épurés et le climat constant d’incertitudes quant à la résolution de l’énigme sont autant de bons points pour soutenir ce film. Mais voilà encore, entre la scène grandiose où Batman fait son entrée en sauvant un homme d’une agression par un gang peinturluré , au sortir du métro dans un Gotham sordide et la rencontre de l’homme chauve-souris avec l’intrigant Oswald Cobblepot, il y a des scènes assez inconsistantes comme l’arrivée d’une jolie Selina Kyle dans sa chambre, dans son bouge qu’elle partage avec une jeune fille de l’Est. Si Zoe Kravitz est ravissante à souhait, elle est assez insipide à l’image générale du film: une belle femme qui veut venger la disparition de son amie ou finalement se venger de son père. Ce qui rend le film assez confus: quels sont les vrais buts des antagonistes? Le film ne tranche pas assez sur sa finalité. Et on a l’impression que c’est la raison pour laquelle il insiste tant sur la photographie .
Cette photographie aux allures pop rock, assistée d’une BO , punk , gothique, alternative et lancinante, très travaillée, est malheureusement un subterfuge grossier pour masquer un film qui n’a pas trouvé son chemin: le polar ou le film d’action. Il oscille entre les deux, sans parvenir à avoir du coffre, de l’audace, du rythme et une direction qui permettrait de rompre l’ennui qui s’installe après la première heure. Et rappelons que cette oeuvre cinématographique dure 2h45.
Et 2H45 c’est long quand on suit cette enquête pas follement intéressante en vérité. Un individu tue des personnes corrompues, et laisse comme le Zodiac, des indices aux enquêteurs. On plonge dans l’univers d’un jeune Bruce Wayne qui peine à incarner un justicier pourtant nécessaire pour une ville qui se meurt d’une délinquance croissante. L’histoire paraissant originale au départ, devient au fur et à mesure classique et ne raconte rien de nouveau. Batman contre le Pingouin et la pègre locale, du déjà vu avec Burton. Il y a certes en plus, l’ennemi secret qui décide de jouer avec lui. Cet ennemi est intelligent, solitaire et connait assez bien le justicier masqué, du moins ses faiblesses. C’est une traque. Une traque qui pourrait être sympathique si le réalisateur n’y avait pas mélangé l’aspect film d’action. Voulant faire croire à un film d’auteur, Matt Reeves, ne parvient pas à rester sur ce chemin , car les scènes où Gotham est voué à la vengeance du Reedler qui met le feu et déverse les eaux sur la cité, rappellent le film d’action et de super héros. Et le spectateur a quand même une certaine impression de se faire manipuler,et avoir. D’autant plus que beaucoup de ces scènes d’action ne sont pas sans rappeler la trilogie de Nolan (The Dark Knight) ou la Snyder’s Cut (les scènes post-génériques) .
Et c’est aussi ce qui fait de ce film un film qui ne trouve pas sa voie. Vendu comme un film original, et noir, au final, le réalisateur y met quand même des éléments déjà vus, déjà servis dans l’ensemble des Batman (vengeance, folie, destruction de Gotham) et dans l’ensemble du cinéma hollywoodien, en général. Le tous pourris n’est plus porteur. Des Incorruptibles( Brian de Palma, 1987) en pensant par les Infiltrés (Martin Scorses, 2006), on nous a servi trop de fois cette rengaine. C’est assez plaisant pour un réalisateur qui n’a pas beaucoup d’idées sur le plan scénaristique, mais cela ne tient pas dans un film aussi long.
Un film long, long, long…
The Batman dure quand même 2h45., il est important de le rappeler.Pour mémoire, Batman:Begins (2005), avait une durée de 2h20. Le format était déjà long en soi, bien que plus court. Toutefois, le choix photographique de Chris Nolan avait été l’alternance de scènes, afin de donner toujours du rythme. Bruce Wayne était déjà un personnage torturé, obnubilé par la mort de ses parents,brutalement assassinés sous ses yeux d’enfants. Il était un jeune homme arrogant et en soif de vengeance. Mais le film n’avait pas focalisé que sur ces éléments. Il avait tenu à donner de l’ampleur aux personnages secondaires comme: Alfred (Michael Caine), Lucius Fox (Morgan Freeman), Katie Holmes ( Rachel Dawes) et Gary Oldman (le commissaire James Gordon). Des alliés de poids avec une personnalité marquée pour Bruce Wayne et Batman.Et du coup, le film était vivant, malgré un arrière plan déjà sombre.
Ici dans the Batman, tout tourne sur Batman et Gotham. Les personnages secondaires, comme Selina Kyle alias Catwoman (Zoe Kravitz) ou Jeffrey Wright (commissaire Gordon) ou Andy Serkis (Alfred) ne sont pas très profond et restent assez en retrait, et ce malgré leur présence scénique. Ainsi, ce film fait d’eux des prétextes pour habiller l’histoire vide et n’investit pas sur leur charisme. Pourquoi insister sur l’appartement de Selina et de sa colocataire qui va être enlevée, puis tuée par Don Falcone (le patron du Pingouin, interprété par un John Turturro plutôt à côté de ses pompes), si on ne creuse pas plus sur Selina? Là encore, le réalisateur ne sait pas vraiment quoi montrer. Et pourtant, il montre: l’entrée de l’héroine, sa relation sororale avec la future victime, les courbes sublimes de Zoe Kravitz quand cette dernière se change pour revêtir le costume de Catwoman). Et cette scène voyeuriste semble ne jamais avoir de fin.
Oui, la caméra focalise sur plein d’éléments sans grande importance: le regard de Batman intrigant sur le jeune gangster initié qui prendra la fuite après ses collègues qui se sont fait mettre à l’amende par le vengeur masqué, la scène où le justicier se retrouve avec le procureur attaché avec une bombe fromentée par le Riddler, la séquence où Batman coupe le filon de corde pour se retrouver dans l’eau pour conduire les rescapés de la folie de l’antagoniste principal…Ces scènes sont longues, et font décrocher le public qui aurait peut-être aimé plus de dialogues, plus d’action que des plans séquences en mode caméra embarquée.

Sous forme de chronique, l’histoire est racontée par un Batman débutant qui est paumé, ne se remet pas de la mort de ses parents mais ne parvient pas à comprendre la violence de la ville qu’il aime mais qui a sombré dans le crime. Il n’a au départ plus d’espoir, il est désabusé et se laisse souvent avoir par les plans par son adversaire: Edward Nashton , l’Homme-Mystère (ou Riddler). Celui-ci a grandi dans un orphelinat et considère que tous les notables de la ville sont corrompus. Ce qui n’est pas faux, mais ce dernier se venge. L’intrigue mise en place par ce dernier, autour du El Ratta est assez niaise, et par sa redondance, donne une image au film simpliste.
Et ce simplisme passe mal après presque 3 heures passées dans les fauteuils des salles obscures. Rien n’est bien construit, et le visuel est prétexte pour combler ce vide. Comme par exemple l’intrigue autour des parents de Bruce Wayne. L’absence de rupture dans les séquences et les intrigues comme celle-ci, qui s’allie à la vacuité d’un certain nombre d’images, ne permettent pas d’avoir une dynamique positive, et une opinion favorable sur l’ensemble du film.La ficelle de la sobriété dans le brossage des personnages et de l’action, couvert d’une esthétique à couper le souffle, ne tient pas en haleine suffisamment, et ce malgré la dernière demi-heure explosive mais assez brouillonne. En effet, beaucoup de scènes inutiles, lentes et interminables ainsi que des références à d’autres films de la franchise nuisent vraiment à l’oeuvre de Matt Reeves.

The Batman, est donc agréable d’un point de vue visuel. Il ‘est intéressant de le voir au moins une fois au cinéma.Cependant, parvenir à ne pas s’endormir est difficile car l’ennui l’emporte sur l’esthétique bien souvent dans le film. Si la prestation subliminale du justicier vengeur de Robert Pattinson est exceptionnelle et de loin la meilleure de toutes les versions sur grand écran , elle ne parvient pas pour autant à faire oublier que l’univers de cette icône ne séduit plus. Matt Reeves ne parvient pas à redonner du souffle à un personnage qui s’est fourvoyé dans les clichés racoleurs du tous pourris et de la nécessité d’un super héros pour défendre une ville qui se meurt. Même le symbole d’espoir que l’homme chauve-souris représente à la fin du film est daté et les spectateurs lui préféreront plutôt des héros ordinaires comme Bill Costigan dans les Infiltrés. Si the Batman se prépare déjà à être le succès commercial, on n’oubliera pas que le décor ne peut sauver toute l’oeuvre assez monotone et insipide.

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