
Sophie vient d’une banlieue, c’est une fille de 28 ans, un peu paumée qui aimerait devenir dessinatrice mais qui est surtout serveuse, avant de se faire embaucher comme chargée de communication dans une célèbre une boite d’édition de BD. La musique, elle l’aime, de toute sa peau! Et par dessus, tout le rockeur Daniel Johnston. Il parle de l’amour vrai dans ses textes. Mais elle se demande si cet amour arrivera dans sa vie.
« L’amour c’est pas simplement se faire baiser dans les chiottes »
Nine Antico, elle est une illustratice et auteure qui a réussi, mais comme Julie, elle a galéré avant d’être là où elle en est. Elle a déjà publié des BD comme Le goût du paradis et Il était une fois2Arthur qui sont deux succès.Elle a aussi réalisé un court-métrage auparavant Tronite C’est la réalisatrice de cette comédie douce-amère, drôle et fraîche. C’est aussi la scénariste. Pour son premier film, la trentenaire s’est inspirée de sa vie. Elle s’est entourée de personnes qu’elle aime pour son premier film. Sara Forestier donne vie avec talent à son personnage, elle joue à merveille la jeune fille décalée en quête d’amour dans un univers d’hommes cherchant plus les plans baise que la romance. Et parmi eux, il y a Jean (Pierre Lotin), son collègue au restaurant. Elle croit à cette histoire, ça fait un an qu’ils sont ensemble. Du moins qu’ils ont des relations sexuelles hard entre adultes consentant. Comme lui rappelle Julia, son amie fantasque (interprétée parLaetita Dosch) » L’amour c’est pas simplement se faire baiser dans les chiottes ».
Et pourtant Sophie rêve du grand amour, comme en parle son idole musical, Daniel Johnston. Elle veut rencontrer son compagnon pour la vie et veut également réussir sa carrière professionnelle. Et enfin, elle y parvient pour un temps: elle décroche un CDD dans une prestigieuse maison d’édition. Et l’entretien se révèle cocasse. « Mais alors, par contre,, je dois te prévenir, je suis un vrai connard », explique le patron campé par Grégoire Colin; Une phrase qui met mal à l’aise les conducteurs de l’embauche et la jeune femme. Doivent-ils rire?Et finalement tout le monde va finir par en rire entraînant l’adhésion du spectateur. Mais , il y a clairement un malaise durant cette séquence! Si seulement ce n’était pas vrai. Si seulement Jean-Luc nétait pas un vrai connard. Mais c’est malheureusement, bel et ment bien la vérité. C’est un homme macho, qui n’assume pas ses désirs et traite ses salariées comme des choses. Sophie en paiera les frais et ce malgré une certaine tension sexuelle entre eux. Pour l’anecdote, Jean-Luc s’appelle en fait…Patrick!
« Je n’ai pas dit je t’aime, mais j’éteins »
L’héroine change souvent d’avis, et de mecs et colle bien à notre époque avec des trentenaires, souvent désoeuvrés,qui veulent entrer sur le marché de l’emploi Sophie n’a pas réussi ses concours d’art, du coup elle ne s’éapnouit pas: elle partage un appartement naze, avec une surdouée, qui boxe bien: Louise (sublimée par Inas Chati). Sophie en plus d’aimer la musique, de rêver être dessinatrice et de vouloir le grand amour, veut savoir donner des coups de boule! Rien que ça! Mais elle n’est décidement pas faite pour cela. » Tu vois j’tavais dit de prendre plus d’élan », dit Louise, sa coloc. Et l’héroine finit à terre. Pourtant la scène n’est pas drôle puisqu’une jeune femme se fait maltraiter par un homme violen. Mais Nine Antico sait rendre drôles des situations tragiques. Comme au moment où Jean avoue ne pas vouloir s’investir dans leur relation: « Je n’ai pas dit je t’aime, mais j’éteins »! Alors là c’est drôle mais pas pour Sophie qui se trouve désarçonnée.
Cette oeuvre cinématographique tournée en noir et blanc est assez simple, peut-être facile diront certains: une jeune femme immâture en recherche de son âme soeur et de reconnaissance sociale Mais l’utilisation du noir et blanc permet de rendre les scènes plus réalistes. Oui c’est bien ce qui frappe: le réalisme! Tout semble être du vécu et ça marche. Le temps passe sans qu’on se rende compte et c’est excellent, savoureux . Les acteurs sont grandioses, surtout Laetitia Dosch, qui vole presque la vedette à Sara Forestier. Notamment, dans la séquence, où toutes les deux s’incrivent dans un cours de secourisme . Julia, qui veut devenir actrice, surjoue le rôle de témoin d’un accident grave. Eplorée sur le mannequin symbolisant la victime, Julia nous fait rire. C’est une comédie rythmée par de la musique
« La musique c’est mon premier facteur d’émancipation »
Nine Antico explique à nos confrères de Society: « La musique c’est mon premier facteur d’émancipation. Tu nais dans un milieu social et culturel. Et c’est ta première canne à pêche. Le truc qui dit, je veux aller vers ça ». Et ce film de quantre-vingt-dix minutes est rythmé par la musique, et à ce titre il porte bien son nom. Les musiciens sont présents: la voix off est celle de Bertrand Belin, rockeur breton nostalgique. Celui-ci parle de philosophie de la vie, d’amour de manière psychédélique et fait planer agréablement le spectateur. Lescop, autre rockeur français, lui joue le patron connard. C’est dans son jeu tout en finesse, un brin inquiétant qu’il donne à son personnage manipulateur, macho et particulièrement pervers, l’intensité du connard, qu’il reconnait lui-même être. On s’y croit lorsqu’il apprend à Sophie à utiliser la machine à relier les pages de revue: le patron qui aime humilier les femmes. « C’est pourtant pas compliqué », lui dit il à Sophie lorsqu’elle rate quelque fois la tâche aux apparences faciles, mais combien fastidieuses. N’est-ce pas la triste réalité de beaucoup de femmes au travail face à des patrons ?
Tout fonctionne dans ce film underground, vivant, cadrant bien avec son époque de désoeuvrement et de recherche désespérée d’un amour et d’un travail qui permettra l’insertion sociale, l’épanouissement personnel. On y voit les déboires mais parfois aussi les satisfactions d’une jeune femme qui cherche simplement à trouver sa place dans un monde complexe. Même les gros plans répétitifs qui montrent le visage et le nom du potentiel petit copain fonctionnent. En effet, sous la mode BD, le film se déroule et introduit celui qui fera partie de sa vie ou celui qui en sera rejeté. N’est-ce pas ce qu’on a tous vécu à un moment de nos vies: les gros plans sur nos vies, nos rencontres? La dessinatrice, lectrice de Haute fidélité, de Nick Hornby, romancier évoquant souvent la musique, filme ainsi son film: des succsessions d’évènements en musique, donnant à ses séquences l’authenticité qui déasarçonne à certains instants. Et celle-ci a pris du plaisir à faire ce film, et c’est une bonne chose. A quoi sert-il de créer sans passion? Et ce que l’on peut affirmer c’est qu’elle est parvenue à nous transmettre ces émotions: la douceur, la force, la soif de liberté…
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