La Bonne épouse

Affiche du film la Bonne épouse.

Il existait encore en 1967 , des écoles d aides ménagères, des écoles privées pour préparer les femmes à être de bonnes épouses. Paulette Van der Beck est directrice de l’une d’entre elles. Elle ne s’était jamais posée la question de sa condition d’épouse jusqu’à la mort de son mari. Le retour d’ un amour de jeunesse, les événements de mai 1968 et le désarroi d’une de ses élèves vont bouleverser son quotidien et remettre en cause sa vision de la femme et son mode d’existence. Martin Provost, nous montre à travers ce film doux-amer, une situation 1968, où l’humour et le drame s’entre-mêlent esprit de libeté, l’humour et le drame. Ce film a reçu un césar et quatre nominations.

Le réalisateur Martin Provost s’et inspiré de témoignages et de nombreux documents dépoque pour réaliser ce film bouleversant. Dans la perspective d’une révolution prête à éclore, celle de 1968, le film nous plonge dans l’univers de jeunes filles qu’on force à entrer dans ces écoles. Filles de bonnes filles ou de milieu modestes, les élèves de Paulette aspirent à une autre vie, à plus de liberté, à bousculer les codes et les moeurs. C’est en Alsace que le réalisateur nous amène à rire mais aussi à cogiter sur la situation de ces jeunes femmes qui parviendront à se libérer du carcan traditionnaliste.

Paulette (Juliette Binoche) est une femme mariée et dirige fermement une école réputée d’ aides ménagères. Elle est secondée par sœur Marie- Thérèse(Noémie Lvovsky), ex- résistante et sa belle- soeur Gilberte, fan d’ Adamo. Elle entend de très loin l’esprit révolutionnaire de 1968 et vit paisiblement sa vie de directrice d’école formant des épouses chargées des tâches ménagères pour leur époux. Juliette Binoche campe à merveille cette femme qui ne se pose pas encore beaucoup de questions. Yolande Moreau excelle en belle- sœur fantasque et maternante envers son frère interprété par François Berléand. Ce dernier ne manque pas de charme non plus en mari assez porté sur le sexe et visiblement insatisfait au point de détenir secrètement des revues « légères ». Mais ce qu’il faut retenir, c’est surtout qu’il est un mari machiste

« Mains occupées, mauvaises pensées chassées »

(Paulette)

Enfin Noémie Lvovsky très impressionnante en bonne sœur sévère, décalée en termes d’éducation vis à vis de jeunes filles éprises de liberté. Ainsi, tout semblait aller pour le mieux du monde pour tout ce monde. A tout bon film social, il faut un drame. Et ce drame, cest la mort de Robert ( François Berléand). Paulette va découvrir que de dernier était un bien mauvais gestionnaire, et aussi elle va vite se trouver dans des dettes compliquées à résoudre seules, quand on est une femme dans un monde d’hommes. A ce moment- là , la femme de Robert, devient femme à part entière, va vivre une histoire avec son banquier et amour de jeunesse, André Grunvald ( Edouard Baer). Son mode s’écroule et peu à peu elle se laisse gagner par l’esprit révolutionnaire. Mais elle se laisse aller surtout, à l’envie d’être une femme à part entière qui n’appartient pas à un homme, qui fait ses choix. C’est un chemin long mais qu’elle fera jusqu’à pouvoir avoir son propre carnet de chèque, à pouvoir aimer qui elle veut. Elle doit pour cela accepter qu’elle n’est n’appartient pas à son défunt mari, qu’elle a le droit de vivre pour elle-même.

« La liberté appartient à ceux qui l’ont conquise »

(André Grunvald)

Dans ce film , il n’a y a pas que Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noemie Lvovsky, Edouard Bear. Mais de jeunes actrices hors du commun, au jeu impeccable qui n’ont rien à envier à leur aînés.Marie Zabukovec, Lily Taieb, Anamaria Vortolomei et Pauline Briand sont à couper le souffle dans un jeu intense, léger sachant allier humour, drame et passion . Des pensionnaires qui s’interrogent toutes les quatre sur leur avenir et ne voulant pas en vérité de la société ne laissant aucune place aux femmes si ce n’est le ménage et le repassage ou satisfaire le bon vouloir de l’époux. Surtout l’époux campé par François Berléand, machiste vivant aux crochets de sa femmes, incapable de gérer les comptes. Des filles pourtant différentes comme la bourgeoise chez les désargentées, la fille mal aimée car n’étant pas son frère, la rousse discriminée car rousse, ou encore la fille qui veut avoir ses premiers émois sexuels vont dominer ce film qui sait jouer sur les décalages et le mélange des genres.

Elles veulent être également devenir libres, femmes comme elles le désirent, sans contraintes patriarcales. . Certaines déjà rebelles, d’autres vont le devenir . Deux jeunes filles vont apprendre à s’aimer entre elles, ce qui est l’expression d’un début de libération des moeurs.On notera , également, la formidable interprétation dramatique de Lily Taieb( Ziegler) qui fera basculer Juliette Binoche ( Paulette) dans la rupture totale avec son schéma de pensée traditionnelle. Les injonctions vont pousser Ziegler (Lily Taieb) à tenter le suicide, ce qui fait entrer le film dans une séquence tragique alors qu’une émission de télébision est réalisée sur l’école de Paulette. Montrer que l’on dirige et forme bien les jeunes filles était l’obession de la direction mais le drame va changer quelque peu les priorités. La vie des élèves va passer avant les conventions.

Le chemin de l’émancipation

« Vous faites de nous des boniches, comme vous, je veux vivre moi,je veux être libre »

(Annie Fuchs)

Ruinée , au travers de son ancien amour banquier, Paulette va apprendres’émanciper de la tutelle de la société. C’est toutefois qu’après la tentative de la plus vulnérable de ses élèves, qu’elle va vraiment assumer sa transformation. Le banquier aussi évolue sous la passion qu’il éprouve pour sa bien-aimée, puisqu’il se transforme en Roméo, en revivant même la scène du balcon avec beaucoup d’humour. Les sorties aux allures de « fruits défendus », donnent des airs printaniers à ce film au message sérieux . Le changement c’est maintenant pour l’ensemble des personnages qui évoluent tous dans la lutte contre l’adversité. Jusqu’à Gilberte qui finit par s’émanciper de l’adoration qu’elle avait pour son frère, le macho, représentant le monde « ancien ». Sa mort, bien que tragique n’en demeure pas moins drôle: un os de poulet a eu raison de lui, lui représentant pourtant la force de cette osciété en déclin: le mâle, blanc servie par les femmes.

La réalisation est intelligente car elle sait vraiment s’adapter au spectateur qui peut à la fois être dans une humeur printanière et dans un émoi face à la triste condition des femmes avant ce mois de mai 1968, qui arrive. Puis, vient la comédie musicale .Celle-ci vient peut-être trop tardivement. Elle surprend, car elle vient casser le rythme de l’histoire initiale. Elle serait même un brin caricaturale, et pourrait donner à ce film un caractère « bouffe ». Et pourtant, elle vient aussi redonner de la fraicheur à une ambiance progressivement pesante après la tentative de suicide d’une pensionnaire. Elle marque aussi, que la lutte des femmes peut être joyeuse, tout en étant sérieuse. Il faut décerner un satisfecit au film la « Bonne épouse » tant pour la réalisation que pour l’originalité de traiter la lutte pour les droits des femmes, . Ce film certes humoristique à travers Yolande Moreau et Noemie Lvovsky, tendre à travers Juliette Binoche et Edouard Baer, politique à travers le quatuor déjà énoncé predecemment. D’ailleurs cest même les quatre jeunes filles qui portent le film vers sa perfection. Ces actrices sont exceptionnelles, et il est dommage qu’elles n’aient pas reçu les césars pour lesquelles elles ont été nominées.

« En avant femmes unissez-vous » , voilà comment aurait pu aussi s’appeler le film. Mais la route reste longue encore en 1967 et ce film rappelle que tout n’est pas encore en 2021 si différent que cela. Pour rappel à notre mémoire, le salaire et ce malgré la loi, n’est pas encore égale entre les femmes et les hommes, les femmes sont plus victimes de précarité et de pauvreté que les hommes, que 84% des violences dans un couple sont des hommes et en 2019, 146 femmes sont mortes sous les coups de leurs partenaires ou ex-compagnons.

Pour continuer sur le sujet des droits des femmes:

https://www.vie-publique.fr/eclairage/19590-chronologie-des-droits-des-femmes

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